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VOYAGE A TRAVERS L’ICONOGRAPHIE  DE SAINTE  GENEVIEVE

 


I - L'iconographie médiévale de sainte Geneviève, reflet d’une tradition écrite

Sainte Geneviève fut dès l’origine honorée d’un culte public, qui s'explique par la gloire dont elle jouissait déjà de son vivant et par la puissance surnaturelle que ses contemporains lui avaient reconnue. Sa Vita a été écrite dès le VIe siècle, peu après sa mort, par un clerc anonyme de l’église de Paris. Celui-ci y livre avec une évidente sincérité des informations de première main, pieusement recueillies auprès de témoins directs.

Le biographe rapporte que sainte Geneviève était issue d’une riche famille gallo-romaine de Nanterre ; qu’elle y fut consacrée en 429, encore enfant, par saint Germain d’Auxerre et saint Loup de Troyes, en route vers l’Angleterre pour y combattre l’hérésie pélagienne ; qu’elle s’installa à Paris après la mort de ses parents ; que, par ses exhortations et ses prières lors de l’invasion des Huns en 451, elle maintint le courage des Parisiens et détourna Attila de leur ville ; qu’elle fonda la basilique de Saint-Denis ; qu’elle accomplit de nombreux miracles avant de mourir à plus de quatre-vingts ans.

Le Moyen Age s’est directement inspiré de la Vita pour fonder un type iconographique solidement établi, exclusif jusqu’à la fin du XIVe siècle, qu’atteste au fil des livres d’heures, des bréviaires ou des missels la centaine d’enluminures parvenues jusqu’à nous.
Lorsqu’ils n’illustraient pas un épisode précis de sa vie, tel que la rencontre avec saint Germain d’Auxerre ou encore l’un de ses miracles, les artistes ont presque toujours choisi de la représenter seule, en pied, parfois à mi-corps, éventuellement devant un paysage, voilée ou non mais toujours nimbée, et pourvue de ses attributs traditionnels, livre et cierge autour duquel s’affairent un ange et un démon.

Le livre, symbole classique de la foi et de la prière, ne surprend guère. Le cierge témoigne d’un prodige rapporté par l’hagiographe selon lequel la sainte, se rendant à Saint-Denis avant le lever du jour avec ses compagnes, ralluma en le prenant en main un cierge que le vent avait éteint ; les artistes médiévaux ont traduit visuellement l’opération mystique dont Geneviève est alors l’instrument : derrière les forces adverses de la nature se cache le démon, dont l’action est contrée par l’ange dans l’éternelle lutte du jour contre la nuit, du bien contre le mal.

Le type demeura inchangé jusqu’à la fin du Moyen Age : rares sont les miniatures s’écartant de ce système figé qui a engendré, par dizaines, des œuvres d’un caractère quelque peu répétitif.

© - 2002, Bibliothèque Sainte-Geneviève