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LA RÈGLE DU JEU : LA TRADITION LUDIQUE DANS LE PATRIMOINE ÉCRIT

 

Interdits, normes et réglementations
II - L'œil du maître

À l'époque moderne, l'autorité royale s'appuie sur le discours des clercs pour mieux légiférer, mais elle est seule à définir les normes, imposer limitations ou interdictions et prononcer des sanctions pénales.

De même, l'industrie du jeu fait l'objet d'une très grande attention de la part de l'État qui régit les professions, fixe des règles strictes de fabrication et impose dès le XVIe siècle une taxe sur les cartes à jouer : le 21 février 1581, Henri III décrète un impôt qui frappe les cartes vendues à l'étranger ; bientôt annulé à la demande des fabricants trop lourdement pénalisés, ce droit de sortie est remplacé, en 1583, par la taxation de toutes les cartes fabriquées en France. Les véritables raisons de cet impôt, prélevé pour renflouer les caisses publiques, sont alors masquées sous des considérations morales : "Comme chacun voit par expérience les jeux de cartes, tarots et dez au lieu de servir de plaisir et récréation, selon l'intention de ceux qui les ont inventés, ne servent à présent que de dommages, et font scandale public, étant jeux de hasard sujets à toutes sortes de piperies, fraudes et déceptions, et portant grande dépenses, querelles, blasphèmes, meurtres, débauches, ruines et perditions de familles, et de ceux qui en font profession ordinaire […] à tous jours et heures, singulièrement fêtes et dimanches, au lieu de vaquer au service de Dieu : à quoi, comme en toutes choses, concernant la réformation de nos sujets [mais ne pouvant y parvenir] nous avons estimé n'estre moins raisonnable et nécessaire de tirer quelque commodité desdites cartes et dez qui se feront et vendront dans notre dit royaume, que de celles qui se transportent hors d'iceluy". En dépit de la protestation opiniâtre des cartiers et d'une fraude endémique, fiscalité et production resteront indéfectiblement liées jusqu'en 1959.


II-1 L'acte fondateur

Ordonnance du roy [Henri III], contre les blasphemateurs, berlandiers, taverniers, cabaretiers, basteleurs & autres personnes faisans exercice de jeux dissolus... - Paris : F. Morel, 1588. - In-8. [8 F 836 inv 4110 Rés (p. 7)]

Si dès le XIVe siècle sont édictées les premières ordonnances interdisant toute activité ludique les jours ouvrables, l'acte fondateur du législateur en la matière date de 1588 : un édit d'Henri III "deffend à tous de tenir bordaux, berlans & jeux de dez".



© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève


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II-2 La police des moeurs

Declaration du roy [Louis XIII], pour le reglement general des passemens & dentelles. Avec defenses d'en porter, vendre & trafiquer de celles des païs estrangers. Ensemble de tenir aucunes academies ou brelands pour le jeu de hazard…- Paris : A. Estienne, P. Mettayer, P. Prévost, 1635. - In-8.
[8 F 903 inv 4178 Rés (p. 33)]

On constate un pic de sévérité sous le règne de Louis XIII, avec cette Declaration du 12 mars 1635. Le rythme de parution des textes réglementaires s'accélère dans la seconde moitié du XVIIe siècle, avec le développement des institutions de police ; de même, l'éventail des jeux d'alea proscrits s'élargit.



© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève

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II-3 Tolérance puis retour à la rigueur

Arrêt de la cour de Parlement, rendu les chambres assemblées [...] qui ordonne que la déclaration du 1er mars 1781 sera exécutée dans toutes ses dispositions : enjoint aux commissaires du Châtelet de Paris & aux officiers de police [...] de veiller exactement sur les maisons où il pourroit être tenu des assemblées de jeux prohibés... - Paris : N.-H. Nyon, 1789. - In-4. [4 L 673 (11) inv 778 Rés (p. 23)]

Au début du XVIIIe siècle, dans une atmosphère plus consensuelle en faveur d'un jeu modéré, la loi n'édicte plus de prohibition globale des jeux de dés ou de cartes. Mais dans les années 1760, les jeux de pur hasard renvoient de nouveau une image négative. En effet, la position extrêmement réservée des encyclopédistes à leur égard, liée à une représentation littéraire et théâtrale caustique ainsi qu'aux récentes conclusions des mathématiciens sur le hasard, inquiète de nouveau la société. C'est dans ce contexte que le Parlement de Paris, qui compte en son sein de nombreux jansénistes hostiles au jeu, publie le 1er mars 1781 cet arrêt.

© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève

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