Retour à l'accueilRetour à l'accueil





 


LA RÈGLE DU JEU : LA TRADITION LUDIQUE DANS LE PATRIMOINE ÉCRIT

 

Regards croisés
I - Savoirs et représentations

Les jeux de hasard occupent à partir du XVIIe siècle une place de plus en plus importante dans le débat public ; d'autres voix viennent conforter ou nuancer le discours politique, moral et religieux : historiens, scientifiques et dramaturges tentent de définir la place qu'il convient de donner au jeu dans la société moderne. Au milieu du XVIIIe siècle, les encyclopédistes réalisent la synthèse de ces théories dans nombre d'articles ; sous le terme "jouer", le rédacteur indique que l'on voit "par la solution compliquée de ces problèmes, que l'esprit du jeu n'est pas si méprisable qu'on croirait bien." Le même article offre cependant une conclusion beaucoup plus mitigée sur l'acte de jouer, dénonçant les effets dévastateurs des pratiques liées à l'argent : "Quoi qu'il en soit, la passion du jeu est une des plus funestes dont on puisse être possédé. L'homme est si violemment agité par le jeu, qu'il ne peut plus supporter aucune autre occupation. Après avoir perdu sa fortune, il est condamné à s'ennuyer le reste de sa vie". Dans le même temps monte une critique de plus en plus vive de l'État monarchique qui mène une politique ambivalente, en interdisant les jeux d'alea alors même qu'il en tolère d'autres pour mieux les taxer.


I-1 Histoire du jeu : de l'Occident...

Jan Van Meurs, dit Johannes Meursius. Daniel Souter. Ioannis Meursii Graecia ludibunda sive De ludis Graecorum liber singularis. Accedit Danielis Souteri Palamedes sive De tabula lusoria, alea et variis ludis libri tres. - Leyde : E. Elzevier, 1625. - In-8. [OEe 309 (2) inv 616 Rés]

Des questionnements d'ordre historique et philologique se font jour dans des travaux sur les jeux gréco-romains ou orientaux. Johannes Meursius, professeur d'histoire et de langue grecque à l'université de Leyde, offre en 1622 une dissertation sur les jeux de la Grèce ancienne. La même année paraît un ouvrage du pasteur Daniel Souter dans lequel sont exposées, outre des exemples de jeux anciens, les lois civiles et canoniques édictées depuis la paléochrétienté.

© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève


Cliquez sur l'image pour l'agrandir


Andreas Senftlebius. De alea veterum. - Leipzig : P. Fuhrmann, 1667. - In-8. [8 ZZ 117 inv 1439 Rés]

Andreas Senftlebius porte un regard de philologue sur les activités ludiques des Grecs et des Romains, indiquant l'étymologie et l'évolution des différentes formes de jeu - tant jeux de table et de cartes que des jeux d'enfants.








© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève


Cliquez sur l'image pour l'agrandir


I-2 ... à l'Orient

Thomas Hyde. De ludis orientalibus libri duo, quorum prior est duabus partibus, viz. 1. Historia Shahiludii latine deinde 2. Historia Shahiludii heb. lat. per tres Judaeos ; liber posterior continet historiam reliquorum ludorum Orientis. - Oxford : Sheldonian Theater, 1694. - In-8. [8 ZZ 131 inv 1459-1460 Rés]

L'histoire des jeux naît véritablement avec l'orientaliste anglais Thomas Hyde qui publie en 1694 ce De ludis orientalibus, abondamment illustré. Le premier livre, consacré entièrement aux échecs, en retrace les origines et les évolutions en Orient comme en Occident. Le second traite d'autres jeux connus des orientaux, étudiés dans leurs rapports avec les jeux des Grecs, des Romains et de l'Europe moderne. Hyde est le premier à faire connaître le siang-ki, jeu des éléphants ou échecs chinois, ainsi que le jeu du mandarin. Même si les informations manquent parfois de précision ou d'exactitude, l'ouvrage n'en est pas moins fondateur ; rien de comparable n'est écrit pendant près de cent cinquante ans.

© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

I-3 Du calcul des chances...

Jérôme Cardan. Opera omnia. - Lyon, J.-A. Huguetan et M.-A. Ravaud, 1663. - In-fol. [Fol R 64 inv 65 Rés]

L'activité ludique nourrit aussi la réflexion scientifique, l'attention se focalisant sur les jeux de hasard et d'argent. Jérôme Cardan, philosophe, médecin et mathématicien au tempérament de joueur, s'intéresse au rôle du hasard dans ses spéculations mathématiques et avance en 1564 des conclusions novatrices dans le Liber de ludo aleae, où les jeux de dés comme le flux, la prime et la trappola sont envisagés comme des instruments du calcul des chances. Même si, à cette époque, le hasard est encore enveloppé de mystère, y compris pour Cardan lui-même, le calcul des probabilités est déjà en germe dans cet essai de domestication de l'alea.

© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

I-4 ... au calcul des probabilités

Blaise Pascal. Traité du triangle arithmétique avec quelques autres petits traitez sur la mesme matière... - Paris : G. Desprez, 1665. - In-4. [4 V 99 inv 579 Rés]

Blaise Pascal en jette réellement les bases dans ce Traité du triangle arithmétique (1654) ; l'étude porte sur deux points : le premier, dit "problème des partis" (= partages), concerne la manière de se répartir les enjeux quand une partie ne peut aller à son terme ; le second relève directement du calcul des probabilités : sachant qu'en jetant deux dés, il existe une chance sur trente-six d'obtenir un double six, quelle probabilité a-t-on de tirer au moins une fois le double six en un nombre quelconque de coups ?

© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

I-5 Applications mathématiques

Pierre Rémond de Montmort. Essay d'analyse sur les jeux de hasard. - Paris : J. Quillau, 1708. - In-4.
[4 V 140 (15) inv 715 FA]

Rémond de Montmort, à partir des observations de Pascal, donne au jeu une nouvelle dimension : cet ouvrage, illustré de vignettes gravées par Sébastien Le Clerc, développe des parties de cartes en langage mathématique en application des théories pascaliennes, poursuivies et complétées par les études de Fermat, Huygens, Bernoulli et Moivre.




© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

I-6 La mécanique du solide

Gaspard-Gustave de Coriolis. Théorie mathématique des effets du jeu de billard. - Paris : Carilian-Goeury, 1835. - In-8. [Delta 53150 FA]

Apparu au XVe siècle, sous forme de tables recouvertes de drap sur lesquelles étaient poussées des billes à l'aide de bâtons recourbés à leur extrémité, le billard poursuit son histoire à l'époque moderne où il est considéré comme un divertissement réservé à la noblesse. Dans la préface de son ouvrage, Coriolis note que "le billard, tel qu'il est devenu aujourd'hui, par l'usage des queues propres à donner aux billes d'assez forts mouvements de rotation, offre divers problèmes de dynamique". De fait, tout repose sur les chocs et les frottements, fondements de la mécanique du solide.

© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

I-7 La passion du jeu au théâtre

Florent Carton, dit Dancourt. Les Oeuvres de théâtre... - Paris : Libraires associés..., s. d. - In-8. [8 Y 2651 inv 5020 FA]

À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, le théâtre se fait largement l'écho de la prégnance du jeu en décrivant les affres du joueur et les effets néfastes de cette passion sur l'individu comme sur la société. À l'instar des philosophes et des moralistes, les dramaturges incriminent la monarchie qui, incapable de faire appliquer les lois, tire par ailleurs du jeu d'abondants profits. Dès 1681, Dancourt s'intéresse au personnage du joueur : il présente La Désolation des joueuses qui déplorent l'interdiction du lansquenet, jeu de cartes introduit en France au XVe siècle par des mercenaires allemands ; s'ensuivent La Loterie (1697) et La Déroute du pharaon (1718) - jeu de cartes de hasard et d'argent, du nom du roi de cœur de certains jeux.

© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

I-8 Portrait d'un joueur

Jean-François Renard, dit Regnard. Œuvres. - Paris : Libraires associés, 1778. - In-12. [Delta 73046 Rés]

En 1696, Regnard monte Le Joueur au Théâtre français. Le caractère largement autobiographique de cette comédie confère au personnage de Valère un accent de vérité exceptionnel : il est dépeint comme un homme ordinaire, rongé par le vice du jeu et incapable d'assurer son salut.





© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève


Cliquez sur l'image pour l'agrandir


I-9 Plagiat ?

Charles Rivière Du Fresny. Oeuvres. - Paris : A.-C. Briasson, 1731. - In-8. [8 Y 2639 inv 4996 FA]

Regnard est accusé de s'être indûment approprié le thème par un auteur concurrent, Charles Du Fresny. Ce dernier, pour se venger, riposte l'année suivante avec Le Chevalier joueur, mais l'épreuve ne tourne pas à son avantage. Le chevalier de Gacon lance alors cette épigramme assassine : "Un jour Regnard et de Rivière, / En cherchant un sujet que l'on eût point traité, / Trouvent qu'un joueur seroit un caractère / Qui plairait par sa nouveauté. / Regnard le fit en vers, et de Rivière en prose ; / Ainsi, pour dire au vrai la chose, / Chacun vola son compagnon. / Mais quiconque aujourd'hui voit l'un ou l'autre ouvrage, / Dit que Regnard a l'avantage / D'avoir été le bon larron."

© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève


Cliquez sur l'image pour l'agrandir


I-10 Parodie lyrique

Pierre-François Biancolelli. Baiocco et Serpilla, parodie du Joueur. - Paris : Veuve Duchesne, 1771. - In-8.
[8 Y Sup 2483 Rés]

Pierre-François Biancolelli fait représenter en 1753 à la Comédie italienne Baiocco et Serpilla, pièce ouvertement donnée comme une parodie lyrique du Joueur.





© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève


Cliquez sur l'image pour l'agrandir


I-11 Un différend conjugal

Laulne, de. Le Wish et le loto, comédie... - Amsterdam, Paris : Marchands de nouveautés, 1778. - In-8.
[8 Y 2358 inv 4528 FA (p. 5)]

Sur le même thème paraît en 1778 sous la plume de "M. Delaulne, ci-devant gendarme du roi", une médiocre comédie où monsieur Cartino, "un honnête citoyen, qui aime passionnément le wish, se déclare ouvertement contre sa femme, qui, soit par goût, soit par une de ces petites contradictions si naturelles au sexe, se rendit zélée partisane d'un nouveau jeu connu sous le nom de loto".

© - 2005, Bibliothèque Sainte-Geneviève

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir