Un bâtiment pour la bibliothèque Sainte-Geneviève

Au début du XIXe siècle, la bibliothèque était le seul organe vivant qui subsistât de l’Abbaye Sainte-Geneviève. L’église abbatiale, déjà fortement ruinée, avait été détruite en 1807 lors du percement de la rue Clovis. Restée sur place, sous les combles des anciens bâtiments de l’abbaye, la bibliothèque était contrainte à une coexistence difficile avec le Lycée qui depuis le début du siècle en occupait les étages inférieurs. L’impossibilité de tout accroissement dans des locaux déjà bien occupés, quelques tensions avec l’administration du Lycée, la menace que le poids des livres faisait peser sur des planchers plutôt vétustes, et les missions qui lui étaient déjà reconnues, imposèrent l’idée d’un déménagement de la bibliothèque. Dès 1838, fut prise la décision d’édifier pour elle, de toutes pièces, un bâtiment autonome et spécifique. La présence, sur la place du Panthéon, d’un bâtiment promis à la démolition, offrit une place de choix pour la nouvelle construction. Il s’agissait de l’ancien collège de Montaigu, fondé au XIVe siècle, qui avait notamment accueilli Érasme et Rabelais et avait subsisté jusqu’à la Révolution où il fut transformé en hôpital puis en prison militaire.

La bibliothèque se trouverait ainsi, de surcroît, intégrée au vaste plan de dégagement du sommet du Quartier Latin, où l’église Sainte-Geneviève, devenue Panthéon, était encore entourée de constructions vétustes.

Le jeune architecte Henri Labrouste, prix de Rome 1824, se voit confier le projet en 1838 qui obtint l’approbation du Ministre en 1843. A cette époque déjà, la bibliothèque était en concurrence avec le Collège Sainte-Barbe dont le directeur, Alexandre Labrouste, frère d’Henri, souhaitait étendre les locaux sur les terrains de Montaigu. Finalement l’idée de bibliothèque prédomine et la première pierre du bâtiment fut posée en août 1844. La nouvelle bibliothèque Sainte-Geneviève accueillit ses premiers lecteurs le 4 février 1851. L’innovation majeure mise en œuvre dans la conception de la bibliothèque Sainte-Geneviève fut le rôle de premier plan qu’Henri Labrouste fit jouer au métal, dans la structure comme dans l’ornementation. Utilisé jusque là comme accessoire en architecture (penture des portes, balcons, etc.), le fer avait commencé, dès la fin du XVIIIe siècle, à remplacer le bois dans certaines charpentes. Cet usage, d’abord limité à quelques monuments publics, prélude à une utilisation beaucoup plus large au siècle suivant qui aboutira à la construction-symbole de la Tour Eiffel pour l’exposition de 1889.

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